APPRENTISSAGE DU FRANÇAIS DANS UN MILIEU PLURILINGUE

Mis à jour le mercredi 17 mai 2023 , par Yannick Patient

Le présent texte rend compte de la formation PNF MAGUY qui s’est tenue à Cayenne du 17 u 18 mai 2022

Le contexte sociolinguistique de la Guyane

En Guyane, département français d’Amérique une trentaine de langues se côtoient (RENAULT-LESCURE& GOURY, 2009). De ce fait le plurilinguisme y est profondément ancré, amplifié par son histoire et les flux migratoires qui continuent de sillonner ce territoire ultra-marin.
Le public solaire est composé d’élèves souvent plurilingues (c’est-à-dire locuteurs de plusieurs langues) dans des classes multilingues. Pour 70% des élèves (PROJET ACADEMIQUE 2018-2021) le français est la langue de scolarisation, langue qu’ils n’ont jamais fréquentée avant d’entrer à l’école. « Le monolinguisme sociétal est un mythe détaché de la réalité qui doit être reconnu comme tel par les systèmes éducatifs. » (ARMAND,2012)

Présentation des langues en Guyane

La vidéo de l’inspecteur en charge de l’enseignement des/en langues maternelles dans l’académie de Guyane résume le contexte linguistique guyanais spécifique, caractérisé par la grande glotto-diversité rencontrée dans les écoles de Guyane et des dispositifs mis en place pour la prise en compte de cette diversité.

  • Le dispositif « MBC » (médiateurs culturels et bilingues) créé en 1998 sous l’impulsion des linguistes de l’IRD (Institut de recherche pour le développement), rebaptisé en 2007 « ILM » (intervenant en langue maternelle).
  • Le dispositif « classes bilingues français L1 à parité horaire » mis en place à partir de des engagements ministériels de 2016 (J.O.F., 2016).

Neuf langues maternelles sont onc entrées via ces dispositifs depuis un quart de siècle à l’école et sont confrontées depuis à la problématique du passage à l’écrit.
D’autres dispositifs complémentaires s’inscrivent dans cette prise en compte :

  • En formation initiale à l’INSPÉ : les parcours PE locuteurs et d’initiation aux langues de Guyane,
  • En formation continue : les parcours d’habilitation à enseigner en/les langues businenge et amérindiennes.

Enseigner dans un contexte FLSCO et REP+

L’école est pour beaucoup d’élèves guyanais le seul lieu où ils pratiquent la langue française. Les langues des populations amérindiennes et businenge sont de tradition orale tout comme le créole guyanais.
Le contexte familial de certains élèves est très éloigné de la culture scolaire. Favoriser le développement du langage et de la pensée dans la langue maternelle favorise la réussite scolaire (UNESCO,2016). Un enfant possède des compétences langagières dans sa langue maternelle (notamment lexical et aussi morphosyntaxique).
Ainsi les langues amérindiennes et businenge étant de tradition orale, les pratiques langagières sont fortement développées. Elles peuvent de l’apprentissage de l’oral au sein des programmes. Il est important d’enseigner le langage oral comme un objet d’étude et un outil servant à transmettre le savoir.

Le cadre institutionnel

L’oral occupe une place primordiale dans les programmes. Du cycle 1 au cycle 4 l’oral est un objet d’enseignement avec des savoirs spécifiques et des compétences langagières à construire avec les élèves, il fait l’objet de séances spécifiques. Comme tous les enseignements il est progressif et organisé.

  • Programmes :
    Cycle 1 : BOEN n° 25 du 24 juin 2021
    Cycle 2 : BOEN n° 31 du 30 juillet 2020
    Cycle 3 : BOEN n° 31 du 30 juillet 2020 
    Au niveau du prescrit les différents guides fondamentaux sont des aides pour les enseignants pour la mise en place de cet enseignement.
    Enseigner l’oral revêt un triple enjeu :
  • Un enjeu social qui vise à réduire les inégalités.
  • Un enjeu scolaire qui vise à accroitre les apprentissages des élèves tout en visant un bon climat scolaire. En contexte plurilingue, les élèves de la classe présentent plus de différences culturelles et linguistiques que dans un contexte monolingue. C’est donc une richesse à exploiter par l’enseignant afin que les élèves découvrent les autres, tout en se connaissant mieux eux-mêmes à travers le regard des autres. » (SRAMSKI, 2014)
  • Un enjeu institutionnel  : des élèves acteurs de leur apprentissage au sein de véritables séances spécifiques programmées dont l’écrit servirait de support à l’oral.
    Enseigner l’oral dans un contexte plurilingue implique l’utilisation d’outil axé sur un oral renforcé, progressif, structuré et explicite tant sur le lexique que sur la syntaxe.
    L’enjeu institutionnel vise aussi la formations des formateurs :
    Formation des référents français de circonscription / PNF : Plan Français L’oral en maternelle : intervention de Madame Elisabeth BAUTIER
    Enseigner l’oral aux cycles 2 et 3 : intervention de Madame Claudine GARCIA-DEBANC.
    L’apprentissage de l’oral à l’école
    Elle se fait par 3 entrées didactiques

    Ces séances langagières sont transversales et englobent tous les domaines d’apprentissage de l’école. La mémorisation, l’explication et le réemploi du vocabulaire découvert en sont des principes pédagogiques indispensables.

Quelques outils

Ressources

Bibliographie/Sitographie

• ARMAND, F , 2012 : « Enseigner en milieu pluriethnique et plurilingue : place aux pratiques innovantes ! », revue Québec français, n°167, PP48-50)
• JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANҪAISE, 2016 : « Bilinguismes dans les écoles de Guyane », Assemblée nationale – XIVe législature – session ordinaire de 2015 – 2016 – 1ère séance du 14 juin 2016.
• PROJET ACADÉMIQUE 2018-2021,
https://www.ac-guyane.fr/le-projet-academique-121465.
• RENAULT-LESCURE, O.&GOURY, L, 2009 : « Langues de Guyane », IRD/vents d’ailleurs éditions.
• SRAMSKI, S, 2014 : « Les représentations interculturelles en milieu plurilingue : motivations ou obstacles dans l’enseignement et l’apprentissage des langues ? l’exemple de la Polynésie française » In L’ÉCOLE PLURILINGUE EN OUTRE-MER, APPRENDRE PLUSIEURS LANGUES, PLUSIEURS LANGUES POUR APPRENDRE (coord : Nocus, I-Vernaudon, J – Paia,M.) presses universitaires de Rennes, p469 .
• UNESCO, 2016 : « Comment apprendre quand on ne comprend pas ? » Rapport de suivi sur l’éducation n°24,
https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/PF0000243713fre
http://id.erudit.org/iderudit/67710ac
https://langues-de-guyane.ins.ac-guyane.fr/

Article rédigé par Madame Lilliane Appolinaire et Amielie Kago

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